« Les Frontières invisibles »
J’ai cheminé à La Roche-Chalais en ce point précis où la Dronne sépare et relie 3 départements. De l’autre côté du Chalaure, en sortant de chez Michèle, c’est la Gironde, au bout du pont de la Moulinasse, avec Jean, c’est la Charente et sur l’ile Feydeau, avec Philippe et Florence, la Charente-Maritime. Comme un caillou jeté à l’eau provoquant des ondes en cercle, chaque rencontre, unique et singulière, me raconte « sa » Dronne autour d’un café ou d’un repas, points de départ à des explorations de la rivière et de ses affluents. Chacun et chacune deviennent mes guides, m’ouvrant l’accès à des points de vue préservés, parfois inaccessibles, redécouvrant avec moi des chemins oubliés. Ici sont évoqués leurs enfances au bord de l’eau, des histoires de famille, de pêche, ou parfois même d’occupation par l’ennemi ; là se révèlent des activités professionnelles liées à la rivière, d’entretien, de loisirs ou de sensibilisation. Leurs histoires, polyphoniques et forcément partielles, façonnent mon regard dans une relation de confiance et de partage. Elles ouvrent à un récit plus large et à des questionnements plus universels et contemporains. Je construis mon récit photographique dans cet aller-retour entre histoires individuelles et, plus largement, histoire de notre paysage et bien commun, non figés, fruit d’une relation vivante entre l’homme, le milieu et le temps. L’ensemble de mes photographies vise à évoquer cette co-présence et interdépendance, et nécessairement, en creux, témoigner des transformations de la Dronne et de ses abords. Les alternances de crues et d’assèchements, accentuées par les dérèglements climatiques, mettent en question la durabilité de la ressource en eau et des équilibres qu’elle rend possibles. La Dronne, « plus belle rivière de France » selon Elisée Reclus, apparaît aussi comme un lieu de friction, où se superposent les temps et les besoins de chacun, entraînant avec elle les certitudes du passé et révélant la fragilité présente et à venir.
La résidence donnera lieu à une restitution publique sous la forme d’une exposition en juin 2026 à La Roche-Chalais.
Christophe Goussard, juin 2026
Merci à l’Agence Culturelle Dordogne-Périgord et la mairie de La Roche-Chalais pour cette invitation, aux habitants pour le temps passé ensemble, leur disponibilité et leur acceuil.
Du 3 au 20 juin 2026
Vernissage : mercredi 3 juin à 18H
Jeudi et Vendredi 15h-18h, samedi I0h-12h, Samedis 13 et 20 Juin de 15h à 17h
Visites commentées par l’artiste
Salle culturelle du Temple, La Roche-Chalais
Entrée libre
« Sur un trapèze »
Dans le cadre de la Saison Photographique de La Réole qui se déroulera du 27 juin au 27 septembre 2026, j’exposerai, à partir du 04 septembre, Sur un trapèze, fruit de ma résidence photographique d’une année passée sur le campus de Victoire en 2023 et 2024.
Sur un trapèze
Un campus, un photographe, une année.
Une architecture, des espaces connus ou inconnus, des portraits et des récits, des habitants qu’ils soient étudiants, personnels ou enseignants.
à l’Ancienne Prison de La Réole, avec l’artiste Carole CETTOLIN qui présentera “Ce qu’il en restera”
Le titre de cette résidence photographique fait plus qu’évoquer l’ancrage physique du campus universitaire de Bordeaux, situé sur une parcelle de forme trapézoïdale, il renvoie à une symbolique plus profonde. Le campus Victoire, qui abrite des formations en Sciences humaines, est lui-même un espace où les savoirs se balancent constamment entre différentes époques et disciplines. L’architecture du lieu, avec ses bâtiments historiques qui faisaient autrefois office de faculté de médecine et de pharmacie, semble elle-même suspendue dans un jeu de tensions temporelles et de transformations. Le trapèze devient ici un symbole de mouvement permanent et de moments suspendus : un espace de transition, où l’équilibre n’est jamais définitivement trouvé.
Car se laisser regarder par ce campus et la vie qui s’y déploie c’est osciller entre différentes temporalités et accueillir toute une polyphonie pour tisser un récit photographique au présent, entre l’Histoire, portée par les murs, les pierres des bâtiments anciens, et les vies contemporaines qui s’y déploient, marquées par l’incertitude du présent et les aspirations d’un futur encore flou. La vie universitaire, ici, n’est pas statique. Elle est constituée d’une multitude de moments entrecroisés : des recherches scientifiques qui façonnent notre compréhension du monde, mais aussi des conversations informelles entre étudiants, des questionnements intérieurs, des doutes et des passions qui façonnent le parcours de chaque individu.
Ce jeu de balancier s’illustre parfaitement dans mon travail photographique qui se déploie dans ce cadre, entre le passé et le présent, entre ce qui est tangible et ce qui échappe à la vue. L’architecture, avec ses perspectives imposantes, devient le décor d’une vie en perpétuelle évolution, où le grandiose de l’histoire académique se mêle à la fragilité du quotidien d’une jeunesse en quête de sens.
L’un des enjeux principaux de cette résidence photographique est de capter cette juxtaposition entre des temporalités multiples : l’histoire qui s’accroche à l’architecture, à la culture universitaire et les histoires minuscules qui s’y nouent tous les jours, entre des individus que parfois tout semble séparer, mais qui, pourtant, partagent un espace et une quête commune. On parle ici des « âmes et esprits des lieux », ces présences invisibles qui habitent ces murs, qui dessinent, au fil du temps, une identité propre à cet espace d’apprentissage. Le campus devient ainsi un terrain de mémoire et de projection, où se rencontrent des échos du passé et des aspirations pour l’avenir.
L’ambiance feutrée de la bibliothèque jouxte une place de la Victoire animée d’où partent souvent les manifestations. Ici, on s’initie à la complexité du monde tout en tentant de se frayer un chemin. Ici, on cherche, on se cherche, on se perd aussi parfois. Dans ce va-et-vient, entre chaque image, des points d’équilibre, entre réalité et fiction, révèleront un campus à la fois solidement ancré et nécessairement en mutation.
Novembre 2024
Partenaires : Université de Bordeaux – DRAC Nouvelle Aquitaine – avec le soutien de la CVEC.












